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Mentions des Jeux de cartes inscrites entre les années 1370 et 1399
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ABC CARTOMANCIE • Cartes | Mentions 1370 à 1399
Les cartes à jouer, un privilège de choix réservé aux nobles...
Au tournant du XIVe siècle, vient l'interdiction d'usage de plusieurs jeux au petit peuple et aux roturiers. Et défense de jouer à la paume, à la boule, aux dés, aux cartes et aux quilles, et autres jeux, pendant les jours ouvrables... Même si le Roi Charles VI de France commande un jeu de cartes à Jacquemin Gringonneur. Jetons donc un oeil attentif sur les années 1370 à 1399 pour le continent européen.
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La Morée, contrée des Gitans dans la “Petite Egypte”

La « Petite-Égypte » réfère au Moyen Âge, à une région du sud de la péninsule du Péloponnèse en Grèce. Cette région est appelée Morée (ou Morea en anglais) depuis le Xe siècle. Suite à la Quatrième Croisade lancée par Venise en 1202, le territoire est conquis par les Francs (Guillaume de Champlitte et Geoffroi de Villehardouinen), et l'on y fonde en 1248 la principauté d'Achaïe ou de Morée —. En cette contrée, peu après l'an 1332 - autorisations accordées par Catherine de Valois-Courtenay, Impéra­trice de Constantinople, Princesse consort d'Achaïe et épouse du Roi Philippe Ier d'Anjou — l'on y retrouve un fief gitan indépendant appelé “fief de Abitabulo” ou, “Feudum Acinganorum” (situé sur l'île de Paxos, annexée à Corfou, île grecque), constitué d'une communauté stable et prospère; et que les gens appelaient familièrement “Petite Egypte” en raison des colonies tsiganes qui l'habitent.



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La Morée, royaume français en Grèce

Contrée des Tsiganes dans l'archipel du Péloponnèse du Moyen-Age aux XIVe et XVe siècles, la Morée est riche d'une Histoire semée de conquêtes.

C'est au Moyen-Age à partir de la fin du VIe siècle, suivant l'effondrement de l'Empire romain d'Orient dans les Balkans, que le Péloponnèse voit son territoire occupé par des tribus slaves. Profondément slavisé, seules les régions côtières à l'Est (Corinthe et Nauplie) demeurent sous le contrôle des Byzantins.

Au cours des siècles, la péninsule du Péloponnèse est néanmoins cible de plusieurs tentatives de conquêtes territoriales, parfois réussies. On en vient même à appeler Morée (en grec Moréas, ou Moriás) ce territoire, à partir du XIIe siècle: territoire conquis suite à la Quatrième croisade opérée par les Francs de Guillaume de Champlitte et de Geoffroi Ier de Villehardouin. Ce dernier y fonde d'ailleurs une principauté en 1248, qu'il nomme la principauté d'Achaïe ou de Morée.

Le pouvoir des Francs sur ce territoire dure deux siècles, mais excluant quelques enclaves, passe à d'autres mains vers la fin du XIIIe siècle. Notamment, c'est en 1262 que la péninsule repasse sous contrôle byzantin, formant la “Morée byzantine”; alors que la principauté de Morée (ou principauté d'Achaïe) couvre encore le Nord et l'Ouest de la péninsule.

Au début du XVe siècle, les Grecs avaint reconquis la plus grande partie de la péninsule; mais l'arrivée des Turc Ottomans entre 1458 et 1460, contraint les Grecs à se soumettre à leur suzerai­neté. Malgré l'occupation turque, dans la seconde moitié du XVe siècle, les dernières places de Morée sous contrôle byzantin ou franc furent intégrées aux possessions de Venise, en Italie.

Par ailleurs, l'origine du nom de la Morée semble prendre source d'une ville ou d'un district de l'Élide (Amorea, l'Amorée); et désignait à une certaine époque — dont au temps de la domination française sur le Péloponnèse —, la presqu'île entière du Péloponèse.

Dans la fameuse “Chronique de Morée” écrite au XIVe siècle en langue vulgaire, l'auteur contemporain René Bouchet titre “Un royaume français en Grèce” (source: René Bouchet, Chronique de Morée, Les Belles Lettres, Paris 2005). Il raconte qu'entre 1205 et 1430, la principauté de Morée ou d'Achaïe sise dans le Péloponèse, fut fondée suite à la prise de Constantinople par les croisés (IVe Croisade). Dans ce bouquin, on raconte les principaux événements de la plus glorieuse période de cette domination française sur le Péloponnèse, soit celle de la conquête et du règne des Villehardouin.

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Interdits religieux de l'Église Catholi­que face au jeu et aux cartes à jouer

Jetons maintenant un coup d'oeil particulier sur les po­sitions de l'Église (catholi­que romaine, surtout) quant aux pratiques ludiques en géné­ral et au jeu en particulier, dans l'Europe du XIVième au XVIIième siècle.

Pour légitimer ses interdits de jeu, l'Église s'asseoit sur un motif avoué, un principe de base en apparence ver­tueux: l'usage modéré des passions; qui hors de con­trô­le, peuvent mener tout droit en enfer. Mais outre ceci, aux yeux des auto­rités religieuses le jeu était plu­tôt vu comme étant un élé­ment rattaché à une culture populaire considé­rée païen­ne et du fait, rebelle: car affi­chant une résistance aux pouvoirs en place (i.e., le pouvoir religieux).

Donc pour l'Église, le jeu en soi introduit un désordre dans l'idéologie et la morale communautaire que souhai­te imposer l'ordre religieux. À l'aube de la Renaissance, nostalgique d'un passé révo­lu, l'Église aurait aimé que perdure l'époque des cloî­tres prévalant du XIe au XIIe siècle: où assujettie à sa Mère l'Église, la communauté vivait à l'écart dans la peur et dans la crainte, une vie de labeur et de travail par­ta­gé; dont le bénéfice re­ve­nait à la communauté ré­gie par les prélats religieux.

À cet effet, une anecdote. En l'an 1412, le moine Augus­tin propose que « toute personne non noble qui ne se consacre pas au métier du labourd sera chassée de la communauté ». Dixit.Source: citation rapportée par Johan Huizinga, Histo­rien hollandais du Moyen Âge et de la Renaissance — Huizinga J. (1967), Le déclin du Moyen Âge, Payot, Paris, p. 62.

* NOTE — Johan Huizinga a aussi écrit « Homo ludens - Essai sur la fonction sociale du jeu (1938) ». Homo Ludens est un terme créé par Huizinga pour décrire ce qu'est un hom­me par une fonction propre à notre société: soit l'acte de jouer. Selon lui, le jeu se définit comme étant une fuite de la vie “réelle” en opposition avec la société utilitariste. Donc histo­riquement (excluant sans doute notre ère contemporaine, post-industrielle), l'Homo-Ludens se situe surtout dans la classe « possédante oisive », soit dans les couches supérieures de la société.

Les jeux contrarient la mis­sion évangélisatrice que se don­ne l'Église catholique. Lorsque pratiqués dans la populace, l'Église considère qu'il s'agit d'une contesta­tion de l'ordre établi. D'où les interdits de jeu, les amendes, les châtiments corporels et les bannisse­ments imposés aux contre­venants: qu'il s'agisse de jouer « aux dés, ad talos, aux cartes, ad cartam, au trictrac, ad trinquetum, à la paume, ad palmam », ou autres. (Merlet L. (1890), Archives du Chapitre de Chartres, antérieures à 1790 (Visites Pastorales, série C817, 1380-1434). Garnier, Chartres.) Et notamment par­ce que les jeux s'oppo­sent « au modèle doloriste dominé par la crainte de la damnation » (Vovelle M. (1982), Idéologies et Menta­li­tés, F. Maspéro, Paris, p. 129) que veut imposer la hiérarchie catholique.



Cartomancie & Cartes à Jouer (1370-1399), en Occident

Conséquence directe des échanges commerciaux et des conquêtes territoriales, l'Europe s'ouvre malgré elle sur le monde et accueille de nouvelles façons de penser et de faire. Particulièrement dans l'ordre social. Toutefois, ce nouvel apport ébranle les structures mises en place; qui résistent de tous leurs pouvoirs. La populace, pauvre et ignorante par manque d'instruction, en subit particulièrement les assauts.

Les cartes à jouer, édifiées comme symbole de rébellion face au pouvoir

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Les cartes à jouer menacent le maintien de l'ordre établi

Résumons succintement les faits quant à l'introduction des jeux de cartes en sol européen. Des cartes à jouer, appelées naïbes (naïbis, naïpes), qui étaient utilisées de multiples façons: par exemple, pour amuser les enfants ou pour enseigner aux écoliers; pour faire des paris ou des jeux d'argent; pour jouer à divers jeux de société; mais aussi, pour pratiquer l'art de la divination, soit la cartomancie.

Ainsi, vers les années 1370 à 1375, il est aussi très probable que des cartes à jouer fussent introduites en Europe via Venise, en provenance de l'Égypte mamelouke où elles étaient connues depuis un certain temps. La preuve étymologique suggère que les jeux de cartes avaient atteint l'Égypte en passant par la Perse (Iraq), tout comme le jeu d'échecs s'était lui aussi répandu dans le monde islamique à partir de la Perse, où il était arrivé avant la conquête musulmane. Cette conclusion se base sur la découverte d'un jeu de cartes mamelouk égyptien — peuple vivant en territoire arabe — datant du début du XVième siècle, préservé dans le musée de Topkapi Sarayi à Istanbul (Turquie). Par ailleurs, les inventaires de Barcelone datant du début des années 1400, témoignent de la présence de “cartes à jouer mauresques” — le jeu de naïbbe des Maures *, peuple arabo-berbère vivant aux abords de la Méditerranée — sur leur territoire; un jeu très similaire en fait, à celui des mamelouks d'Égypte.

* NOTE — Cette théorie est-elle plausible? Bien sûr que oui. En l'an 751, le secret de fabrication du papier fut soutiré à des prisonniers chinois, à Samarcande (Samarkand, Samarqand): ville d'Ouzbékistan à la limite des mondes turc et persan, qualifiée comme l'un des berceaux de la civilisation des peuples de l'Asie centrale. Dès 795 une usine de papier fut créée à Bagdad, capitale de l'Irak (Perse). Cette ville, abritant l'une des plus vieilles universités arabo-islamiques du monde, avait une place prépondérante dans la production littéraire, artistique et intellectuelle arabo-musulmane. C'est aussi au milieu du IXième siècle qu'est créée la “Maison de la Sagesse” où sont traduits les textes des grands philosophes grecs. Les gens viennent d'Europe ou d'ailleurs dans le monde pour se spécialiser en médecine, physique, astronomie, mathématiques, météorologie et dans plusieurs autres domaines. En fait, du VIIIième au XIIIième siècle, Bagdad était la plus grande métropole du monde, avec une population de un million d'habitants à cette époque.

Ainsi, la présence des cartes à jouer en sol européen est attestée semble-t-il pour la première fois de façon irréfutable en Catalogne en 1371 dans le “Diccionari de rims” de 1371 (Diccionari de rims de Jaume March. Publié en 1921 par Institut d'Estudis Catalans in Barcelona). Le mot naip apparaît dans le dictionnaire, parmi les mots qui riment en -ip.

Puis en l'an 1375 en Italie, il est aussi question de la présence des cartes à jouer en territoire européen. Ainsi, promulgué le 23 mars 1375, un décret des Prieurs de Florence visant à combattre les mauvaises mœurs, défend aux gens l'utilisation d'un « ludus qui vocatur naibbe » et donc, d'un jeu appelé “naib-be” ou “naibbe”. Traduit en français, le texte du décret dit ceci: « Messieurs les Prieurs, voulant combattre les mauvais principes, ayant ouï dire qu'un certain jeu qui s'appelle naïbbe a pris pied dans cette région (...) ».

Une ordonnance pour l'interdiction de parier ou de jouer aux jeux de cartes a aussi été émises par la ville de Florence (Italie) le 23 mars (ou mai) 1376 (1377 selon notre calendrier actuel), sur un vote de 98 votes contre 25 pour réglementer “un certain jeu appelé naibbe, qui a récemment été introduit dans ces régions”. On parle aussi de leur présence à Paris (France) en 1377; alors qu'à la même année à Sienne (Italie), on émet une ordonnance concernant les cardes naibi; et on réglemente également à Bâle (Suisse) en 1377. Puis dans la ville de Ratisbonne (Allemagne) l'année suivante, en 1378, une ordonnance est émise concernant “divers jeux, y compris le « Spilen Mid der Quarten » (jeu de cartes), passible d'une amende s'ils sont joués pour des enjeux plus élevés que ceux expressément autorisés”.

Aux frontières de la Suisse et de l'Allemagne en 1377, les jeux de cartes sont décrits pour la première fois par un moine dominicain d'origine germanique nommé Johannes von Rheinfelden (Jean de Rheinfelden), qui vivait à Fribourg-en-Brisgau; soit à environ 50km de Strasbourg (au Nord-Est de la France): ville qui était au 15ième siècle un important centre de production de cartes à jouer. Dans les quatre quatre manuscrits qui ont survécu aux guerres — et qui font quelques 300 pages —, il fait une description détaillée de quelques jeux de cartes qui comprennent des cartes numérales, des cartes de la Cour et des suites; il en dit: « Le jeu de cartes est venu à nous cette année, à savoir l'année de notre Seigneur MCCCLXXVII (1377) ». Il décrit six jeux de cartes, dont trois jeux de 52 cartes avec une structure 4x13 (4 suites, 13 cartes par suite); un jeu de 65 cartes avec une structure 5x13 (5 suites, 13 cartes par suite); un jeu de 78 cartes avec une structure 6x13 (6 suites, 13 cartes par suite); et son jeu préféré, un jeu de 60 cartes.

Ce jeu de 60 cartes (le préféré de Johannes) comprend 5 personnages de la Cour; soit un Roi, deux Marshalls — le Unter (Marshall inférieur) et l'Ober (Marshall supérieur) —, une Reine et une Servante; ainsi que 10 cartes numérotées, qui représentent diverses professions telles boulanger, meunier, boucher, médecin, agriculteur, etc; soit au total près de 40 professions. Certaines cartes présentent des hommes nobles, d'autres des gens du commun. Quant aux quatre suites, il croit reconnaître les quatre grandes Armées et/ou Empires du monde: Babylone (tête d'homme), Perse (peut-être des pièces de monnaie), Grèce (clochettes) et Rome (aigles). Il est à noter que la description de Johannes décrit un jeu de cartes, qui est très similaire au Hofämterspiel; un jeu qui ne sera créé qu'aux environ des années 1455-1460, soit quelques 80 ans plus tard!

* NOTE — Le jeu de Hofämterspiel, un jeu allemand de 48 cartes inventé vers les années 1460. Ce jeu reflète les relations politiques de type féodal en Europe centrale dans le milieu du 15e siècle. Les symboles des suites sont les armoiries de quatre royaumes: la France, l'Allemagne, la Bohême et la Hongrie. Chaque suite comprend les membres de la famille royale - partant du bouffon de la Cour à l'intendant du roi, y compris les serviteurs et les officiels de la Cour. Ces suites se déclinent selon une hiérarchie, numérotés de 1 à 10 en chiffres romains, en plus d'une reine et d'un roi.

À Saint-Gall (St. Gallen, ou Sankt Gallen — Suisse germanique) en 1379, est émise une ordonnance interdisant « de jouer aux cartes, dans un contexte clairement adressé aux classes ouvrières ». Une ordonnance similaire datée de 1364 ne mentionne pas les cartes. La même année, on parle aussi des jeux de cartes à Constance (Allemagne).

Aussi en l'an 1379 à Viterbe en Italie, est consignée la peut-être plus ancienne et incontestable mention documentée, où il est question de la présence des cartes à jouer en territoire européen. Elle se lit ainsi: « Anno 1379. Fu recato in Viterbo il gioco delle carte, che venne de Saracino, & chiamasi tra loro Naib. » • « Année 1379. Il fut apporté en Viterbe le jeu des cartes qui est venu de Saracino, & qu'ils appellent entre eux Naïb. » C'est donc en 1379 qu'à Viterbe (Italie) fut introduit le jeu de cartes qui vient du pays des Sarrazins, appelé naïb. Il semble aussi que ce jeu fut apporté par le sarrasin Hayl. à cette époque, on désignait sous le nom de Sarrasins les peuples musulmans des bords de la Méditerranée, composés principalement d'Arabes et de Maures (Berbères de l'Afrique du Nord). Ce fait fut consigné par Nicolas de Covelluzzo, chroniqueur, au folio 28 de sa chronique manuscrite; lorsqu'il fut témoin oculaire en 1379 de l'introduclion des cartes à jouer dans sa ville natale. L'un de ses descendants, Giovanni de Juzzo de Covelluzzo, continuateur de sa chronique, a relaté ce fait dans un livre qu'il a écrit sur l'histoire de Viterbe (1742), conservé dans les archives de la ville. Source: “Istoria della Citta di Yiterbo”, Feliciano Bussi, Roma, 1743.

* NOTE — Notons que la mention de Viterbe est importante puisque par le vocable “il gioco delle carti” on introduit l'appellation “jeu de cartes”. C'est une nouvelle façon de nommer ce jeu, faisant sans doute dès lors partie du langage usuel; ceci puisque jusque là, dans cette Europe du XIVe et XVe siècle, on n'utilisait plutôt que les termes naibi, nahipi, naips, naipes, naibbe, naibbi, naypes, etc. Par ailleurs, selon les descriptions faites, il s'agirait fort probablement d'un jeu de cartes utilisé par les Maures (en anglais, “Moorish playing cards”). L'un de ces jeux — en fait deux feuilles non colorées et non encore coupées —, datant du début du XVième siècle, est préservé à l'Instituto Municipal de Historia in Barcelona. Ce jeu est sorti de l'anonymat en 1987 grâce à Simon Wintle, le décrivant ainsi: A “Moorish” Sheet of Playing Cards, dans “The Playing Card” Vol.15 no.4, 1987, IPCS, England. (Voir une illustration partielle du jeu, ci-après.)

Les cartes de Viterbe, citées en 1379, viendraient-elles des Tsiganes, Bohémiens, Gitans..?

La chronique de Viterbe nous apprend qu'un « jeu de cartes qui vient du pays des Sarrazins » est introduit à Viterbe en Italie, en l'an 1371. Ça va pour la mention comme telle. Toutefois, personne ne semble trop savoir qui sont ces fameux « Sarrazins »... en assumant, règle générale, qu'il peut s'agir de Musulmans, d'Arabes, de Maures, de Mamelouks, etc. Mais il serait temps de peut-être revoir nos confortables convictions sur le sujet, d'autant plus qu'elle sont a priori plutôt nébuleuses. Voici une autre hypothèse, plausible puisque documentée: « Les cartes de Viterbe pourraient provenir du peuple Tsigane, Bohémien, Gitan ». Voilà.

Saracen
Les tsiganes — On les appelle aussi “Sarrasins” (Saracen), Zigeuners, Cigans

Gypsys Saracen-style
Tsiganes, style Sarrasin (Spiezer Schilling)
© New World Encyclopedia

Ainsi, sous une affiche présentée par le chroniqueur suisse Spiezer Schilling, on peut lire ceci: « First arrival of the Roma outside Berne in the fifteenth century, described by the chronicler as getoufte heiden “baptized heathens” and drawn with dark skin and wearing Saracen style clothes and weapons (Spiezer Schilling, 749) ».
* NOTE — Spiezer Schilling était un chroniqueur au “Diebold Schilling the Elder” de Berne (années 1480 à 1486), un luxueux manuscrit créé après le “Berner Schilling”. Pour détails, voir Swiss illustrated chronicles.

Ce qui donne, en français: « Première arrivée des Roms (Tsiganes, Gitans, Bohémiens) à l'extérieur de Berne au quinzième siècle, décrit par le chroniqueur comme getoufte heiden “païens baptisés” et dessinés avec une peau mate et portant des vêtements et des armes de style Sarrasin (Spiezer Schilling, 749) ».

Serait-il possible, donc, que les cartes “Sarrasines” de Viterbe soient des cartes Tsiganes..? Très possible. Il s'agit de l'une des premières mentions où l'on voit l'appellation “Jeu de Cartes” (il gioco delle carte). Qui de plus, vient du pays des Sarrasins (che venne de Saracino). Quant à l'affiche de Spiezer Schilling, même si elle est imprimée presque 100 ans après la mention de Viterbe, il semble commun que les Roms portent “des vêtements et des armes de style Sarrasin”... puisque a priori et du premier coup d'oeil, en voyant l'affiche, les lecteurs de la chronique doivent reconnaître ces gens comme étant des Gitans. Tel est le but de l'opération. Noublions pas que vers l'an 1360, des Tsiganes habitent le “Feudum Acinganorum”, un fief gitan établi en Corfú (ïles grecques) et appelé “La Petite Egypte”; alors qu'ils étaient en contact direct avec des marchands Italiens... et avec des pèlerins qui se rendaient à Saint-Jacques-de-Compostelle.

La “Petite Egypte”, contrée des Tsiganes dans le Péloponnèse; principauté de Morée ou d'Achaïe, 1205-1430

Dès les années 1332 et suivantes, quelques communautés de Tsiganes, souvent nommés gitans ou bohémiens à cette époque, sont invités par l'Impératrice Catherine de Valois-Courtenay à venir s'installer dans un fief situé dans la principauté de Morée sur l'île de Paxos (annexée à Corfou), dont le territoire — conquis par les Français en 1205 — consiste en l'archipel grec du Péloponèse. C'est un fief indépendant, stable et prospère, qu'on surnomme bientôt “La Petite égypte“, en raison de la forte présence des gitans (plus de détails, visiter la page relative aux gitans, tsiganes et bohémiens dans l'Historique de la Cartomancie et des Cartes à Jouer). Ceux-ci ont d'ailleurs de bonnes relations commerciales avec les européens, notamment les Vénitiens de l'Italie; de même qu'en raison de leur position géographique donnant sur la mer, avec des pèlerins de passage vers Saint-Jacques-de-Compostelle.

Cette contrée du Péloponèse est par ailleurs nommée Moréas, ou Moriás, en grec (Μωρέας ou Μωριάς); Morea en anglais et en italien; Morée en français. En contrepartie, nous avons un parallèle à consonnance semblable, dans le groupe ethnique des Maures: populations de berbères et d'arabes provenant de l'Afrique du Nord, qui parle le dialecte hassani (arabe mauritanien ou maure). On désigne ce peuple par le terme Moors ou Maure en anglais; en italien et espagnol, Moro; en français, Maure; en latin Maurus (en provenance de la Mauritanie). Il est donc raisonnablement permis de soulever cette hypothèse: se pourrait-il qu'en raison d'une erreur de transcription, que ces jeux de cartes qu'on désigne comme étant le “Jeu de Cartes des Maures” (moorish cards) soit en réalité le “Jeu de Cartes de Morée” (morea cards)..? Qui de ce fait, proviendrait des Gitans..? Une hypothèse à explorer sérieusement.

* NOTE — Voir notes sur “La Morée” et sur “La Petite Égypte”dans la colonne de droite.

* On connaissait les Cartes à Jouer en Bohème en l'an 1340, et même un cartier en 1354... Car selon Trionfi, qui cite un livre allemand (Versuch einer Geschichte des böhmischen Handels), les cartes à jouer étaient connues et utilisées en Bohême en 1340; et en usage probablement même avant. Dans ce bouquin, on trouve trace du commerce au début de la Bohême, le tout assorti de diverses preuves documentaires. Il parle aussi de l'utilisation des cartes à jouer par les nobles Polonais, pour la même période. On dit aussi que Jonathan Kraysel de Nuremberg, était recensé comme cartier à Prague en 1354. Les Bohémiens diseurs de bonne aventure, ne sont-ils pas les Tsiganes et Gitans cités un peu partout?

Le jeu de cartes des Maures... le mystère reste entier

Plusieurs similitudes laissent croire que le jeu de cartes des Maures, aurait été introduit en Europe avant même celui des Mamelouks. Notamment, en Italie... région fortement associée côté commerce et gouvernement au Péloponèse — archipel grec — par Venise; Péloponèse qui abritait “La Petite égypte”, terre des gitans qu'on appelle la Morée depuis le Xième siècle. Les Italiens y faisaient d'ailleurs fort commerce avec les Tsiganes. Les cartes Maures sont-elles en réalité des cartes de Morée.. les cartes des gitans..? Ou proviennent-elles plutôt (comme on semble le croire actuellement) du groupe ethnique des Maures: une population vivant aux bords de la Méditerranée et formée des descendants de berbères et d'arabes en provenance de l'Afrique du Nord? Le mystère reste entier. Mais, cette hypothèse pouvant éventuellement situer l'origine de ce jeu de cartes en Morée, s'avère être une piste non négligeable à explorer.

* NOTE — Voir la page des Cartes Maures et Mamelouks, dans l'Historique de la Cartomancie et des Cartes à Jouer.

Cartomancie

Mais revenons à nos moutons, en Belgique en l'an 1379, avec l'Agnus Dei

Puis, en référence avec le duché de Brabant (Belgique), dans un document daté du 14 mai 1379, écrit de la main de Renier Hollander, receveur général de Brabant et rédacteur d'une partie des comptes, il est consigné qu'il « donne à Monseigneur et à Madame 4 peters et 2 florins, valant ensemble 8 1/2 moutons, pour acheter deux jeux de cartes ». (Source: Registre n° 2364 de la chambre des comptes, aux Archives du royaume.) Ce qui prouve qu'à la cour de Bruxelles (Belgique), où régnaient depuis l'an 1355 en Brabant le Duc Wenceslas et la Duchesse Jeanne, l'on jouait aux cartes; soit à cette même date que celle citée par le chroniqueur de Viterbe et donc, avant cette époque.

Agnus Dei
Pièce de monnaie Agnus Dei
France, 15e siècle
* NOTE — Un “Peter” était en fait une pièce d'or ou d'argent à l'effigie de l'apôtre Pierre. Tandis qu'un “mouton” était le surnom donné à une pièce d'or estampillée avec un “Agnus Dei” (Agneau de Dieu)... soit un mouton. Cette monnaie était utilisée en France, en Flandre et au Brabant. “Mon Seigneur” et “Lady” représentent le Duc Wenceslas de Luxembourg et la Duchesse Jeanne de Brabant. D'autres références à des achats de cartes à jouer suivent dans le même livre de compte. Certaines sont faites par un Ingel Van der Noet (coût: 2 moutons), d'autres par Creevers Colin, un autre par un certain Geerard, etc. On peut en déduire que les jeux de cartes ont été très populaires à la Cour de Brabant, à cette époque.
Source: WOPC — Histoire des cartes à jouer en Europe (anglais).

En 1380 on mentionne encore les jeux de cartes dans plusieurs villes européennes dont Florence, Bâle, Paris, Ratisbonne et Brabant. Puis à Barcelone le 26 octobre 1380, lors de l'inventaire des biens après le décès du marchand barcelonais Nicolás Sermona, qui habitait dans le Callejón San Daniel à Barcelone, et où il est mentionné “unum ludum de nayps qui sunt quadraginta quatuor pecie — un jeu de cartes de quarante quatre pièces de naipes”.

On retrace aussi dans les archives de Marseille que le 13 août 1381 un notaire Marseillais, Laurent Aycardi, mentionne l'existence d'un jeu de cartes dans ses minutes. En relatant l'histoire d'un dénommé Jacques Jean (ou Jean-Jacques), fils d'un marchand de Marseille, le notaire consigne par écrit que celui-ci, avant son départ pour Alexandrie en Égypte, fut contraint par deux amis (Honorat d'Abe et Micolas Miol) de certifier devant notaire qu'il ne s'adonnerait à « aucun pari ou jeu de hasard durant son périple: principalement au “taxilli” (le très condamné jeu de dés), mais aussi au “scaqui” (aux échecs, même si ce jeu avait une bonne réputation) et aux “nahipi” (jeux de cartes, une autre façon d'écrire le terme naïbe) ». Et ceci, sous peine d'être condamné à une amende de quinze florins. En fait, l'engagement de renoncer au jeu était une obligation bien connue dans les pratiques juridiques du Moyen Âge, notamment lorsque les jeux de dés étaient concernés. Mais dans cette mention, la nouveauté réside dans l'inclusion des jeux de cartes, maintenant considérés comme étant des jeux inacceptables.

On en parle également à Barcelone le 12 décembre 1382 pour les interdire. Ainsi une ordonnance municipale est émise et proclamée par un crieur public et à son de trompe, qui interdit plusieurs jeux: « Uno gos jugar a nengun joch de daus, ni de taules, ni de naips » (défense de jouer à aucun jeu de dés, ni de taules — jeu de tric-trac —, ni de naipes — jeu de cartes —); tout écart est passible d'une amende de 10 “soldos” pour chaque infraction. Puis aussi à Lille en 1382, ceci consigné dans un document d'archives notariales de Marseille où l'on interdit divers jeux dont les dés et le “jeu de quartes”, à-peu-près en ces termes: « À partir de maintenant, personne ne doit oser jouer, durant la journée ou la nuit, à des jeux comme les dez, comme les taules (tric-trac), comme des quartes (cartes), ni à nul autre geu quelconques ». Puis aussi à Valence le 23 juin 1384 où le Consul général de la ville interdit "un nouveau jeu appelé jeu de cartes — un novell joch apellat dels naibs".

On retrouve aussi en l'année 1387 une autre mention des cartes à jouer dans une ordonnance de Jean Ier de Castille, Roi de Castille et de León (Espagne & Portugal), qui fait défense de jouer pour de l'argent aux dés, aux naypes et aux échecs. Cette année-là, on interdit aussi le jeu à Burgas (Bulgarie).

Puis en 1390, le Roi Charles VI de France, par l'entremise de sa maîtresse Odinette de Champdivers, passe une commande à l'artiste miniaturiste Jacquemin Gringonneur, pour lui peindre trois jeux de cartes. Celui-ci livra la commande royale en 1392, fait d'ailleurs noté dans le livre de comptes de Charles Poupart, argentier du Roi, pour le livre débutant le 1er février 1392. Il s'agit d'un jeu de tarots, mieux connu à cette époque dans l'Europe méridionnale. Il comportait cependant une inovation de taille, puisqu'on y a introduit les Reines, qui remplacent les Cavaliers du jeu de tarots traditionnel.

Puis en l'an 1395 à Bologne (Italie), il est consigné qu'un certain Federico d'origine allemande, soupçonné d'introduire de fausses pièces de monnaie à Bologne, aurait également vendu des « cartas figuratas et pictas ad imagines et figuras sanctorum »; soit des cartes peintes aux images et aux figures de saints. Puis à Santa Maria de Monte-Carlo (Italie) en 1396, on interdit les jeux de cartes, « mais avec une amende de seulement 20 soldi par rapport aux 3 lires pour d'autres jeux ».

Pendant ce temps, à la Cour de France, les jeux de cartes continuent d'être un divertissement fort prisé pour les nobles et les têtes couronnées. Et ainsi, un dénommé Guion Groslet, de son métier fabricant de coffres et colporteur, apparaît dans les livres de comptes de 1396 pour avoir vendu « un estuy pour les cartes de la reine Isabelle de Bavière », épouse du Roi Charles VI, alors en fonction.

Citons aussi, sous Charles VI de France, l'ordonnance du prévôt de Paris du 22 janvier 1397 — parfois citée (probablement à tort) comme étant l'arrêt de la prévôté de Paris de 1377 - référence amenée par Ortalli — qui « interdit aux gens de métier et au petit peuple — aux roturiers, finalement — de jouer à la paume, à la boule, aux dés, aux cartes et aux quilles, et à une variété d'autres jeux, pendant les jours ouvrables ». Ceci puisqu'ils y gaspillent leur temps et leurs biens. On les enjoint de ne s'y adonner que le dimanche, « sous peine de prison et d'une amende arbitraire, dont les dénonciateurs auront le quart ».

La ville d'Ulm (Allemagne), consigne aussi en 1397 une ordonnance portant défense de jouer aux cartes; ceci étant noté dans un registre manuscrit conservé aux archives de cette ville (Livre rouge). Puis à Paris (France) en 1398, on fait de nouveau défense de jouer.


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